30 juin 2026 Par Claude Catala, Marie-Jo Goupil, Yveline Lebreton, Eric Michel Hommage à Annie Baglin

C’est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès d’Annie Baglin.

Annie a débuté sa carrière en astrophysique par une thèse sur l’évolution des étoiles dégénérées chaudes dirigée par Evry Schatzman et soutenue en 1967 à l’Institut d’Astrophysique de Paris.
Entrée au CNRS en 1968, elle passe de l’IAP à l’Observatoire de Nice l’année suivante. Là, pendant près de vingt ans, elle a continué ses travaux théoriques explorant la structure interne des étoiles.
Pendant cette période, elle s’intéresse au développement des codes d’évolution stellaire, intérêt qui l’a conduite dans les années 80 à promouvoir le développement du code français CESAM au sein du GdR 131 Structure Interne. Elle a également à cette époque initié les écoles de structure interne, écoles d’automne qui ont perduré sous la forme actuelle des Ecoles Evry Schatzman du PNPS.
Très vite, elle a perçu les pulsations stellaires comme une source d’information prometteuse pour l’étude de la structure interne des étoiles. Elle a alors encadré plusieurs thèses dans ce sens et collaboré à des projets d’observation des pulsations stellaires au sol. Elle s’est également rapprochée de l’équipe du DESPA à l’Observatoire de Paris, qui défendait le besoin d’observations depuis l’espace.

Dans les années 80, elle s’enthousiasme également pour la mission spatiale Hipparcos de l’ESA, première mission spatiale d’astrométrie au monde et elle participe à l’élaboration de son catalogue d’entrée sous la houlette de Catherine Turon.
En 1988, elle rejoint l’Observatoire de Paris à la tête de l’équipe structure interne du DASGAL et remplace Françoise Praderie pour porter le projet EVRIS, expérience de sismologie stellaire programmée pour observer pendant le trajet à bord de la sonde russe MARS96 destinée à l’exploration martienne.

En 1996, EVRIS est lancé...et aussitôt perdu, mais Annie remotive la communauté autour de CoRoT, nouveau projet spatial de sismologie stellaire. Sous sa houlette et après avoir franchi de nombreux obstacles, CoRoT voit son programme s’enrichir pour devenir la première mission spatiale de recherche d’exoplanètes par transits impliquant désormais non seulement l’Observatoire de Paris, mais aussi le LAM à Marseille, l’Observatoire de Toulouse, l’Observatoire de Nice et plus de vingt instituts d’Europe et du Brésil. CoRoT est finalement acceptée et lancée en 2006 avec le succès qu’on lui connaît.

Annie a ainsi été un pilier majeur du développement de la sismologie stellaire à l’Observatoire de Paris, au DASGAL, puis au DESPA et au LESIA. La mission CoRoT, qu’elle a portée au niveau international, a été une réalisation majeure du CNES et des agences internationales partenaires. C’est CoRoT, lancé en 2006, qui, sous la conduite d’Annie Baglin, a véritablement constitué le point de départ de la sismologie stellaire spatiale et de la recherche d’exoplanètes par transits depuis l’espace. En défendant (bec et ongles !) puis en dirigeant le projet CoRoT, Annie a contribué à développer et structurer une communauté nombreuse et dynamique fortement ancrée en Europe.

Jusqu’en 2018, après son départ en retraite et son éméritat, Annie a travaillé à valoriser l’héritage de CoRoT et à préparer le futur.
L’héritage d’Annie se retrouve aujourd’hui dans la mission PLATO dans laquelle la communauté française et le LIRA sont moteurs, notamment dans l’apport majeur que le code public de structure interne et d’évolution stellaires Cesam2k20 est aujourd’hui pour la mission.
Au-delà de ses propres recherches, Annie a également joué un grand rôle dans la gestion et le pilotage de l’astrophysique en France : directrice du laboratoire DASGAL à l’Observatoire de Paris, membre de la Section 14 du CNRS, vice-présidente du Conseil Scientifique de l’Observatoire de Paris. Et dans toutes ses activités, Annie a aussi toujours eu à cœur de soutenir et encourager les jeunes femmes dans la voie de la recherche.

Toutes celles et tous ceux qui l’ont côtoyée dans ses nombreuses et diverses activités, professionnelles ou extra-professionnelles, se souviendront avec émotion de son enthousiasme, son énergie et de ses immenses qualités humaines. Nous sommes très nombreux à nous sentir privilégiés de l’avoir eue comme collègue et comme amie, et à avoir bénéficié, à un moment ou un autre de notre carrière, de son soutien et de son exemple.

Nous souhaitons témoigner notre sympathie à sa famille, à Jérôme son fils, à ses petits-enfants, à son frère Gérard.