Johan Mazoyer est lauréat d’une ERC Consolidator Grant 2025 pour son projet ECHOES

10 décembre 2025 Par Raphaël de Assis Peralta Johan Mazoyer est lauréat d'une ERC Consolidator Grant 2025 pour son projet ECHOES

Aujourd’hui, le Conseil européen de la recherche (ERC) a annoncé les lauréats de ses bourses « Consolidator », qui soutiennent chaque année de nombreux projets portés par des scientifiques en milieu de carrière. Johan Mazoyer, chercheur CNRS au LIRA, est l’un d’eux pour son projet ECHOES - Exploiting Coherence in High-contrast Observations of ExoplanetS


En 2025, le Conseil européen de la recherche finance 349 chercheurs en Europe grâce à ses bourses ERC Consolidator, pour un montant total de 728 millions d’euros provenant du programme-cadre Horizon Europe.

Soutenant l’excellence de la recherche exploratoire dans tous les domaines, ces bourses récompensent des porteurs de projets européens ayant obtenu leur doctorat entre 7 et 12 ans auparavant. Les bourses Consolidator (jusqu’à 2 millions d’euros) se situent entre les bourses Starting (jusqu’à 1,5 million d’euros, attribuées entre 2 et 7 ans après un doctorat) et les bourses Advanced (jusqu’à 2,5 millions d’euros, destinées aux chercheurs confirmés). Elles sont attribuées une fois par an pour une durée de cinq ans à des scientifiques du monde entier, à condition qu’ils mènent leurs recherches dans un pays européen ou associé.

Au total, 11,2 % des 3 121 projets soumis ont été financés en 2025. Les 215 lauréats masculins et 134 lauréates mèneront leurs projets dans des universités, des centres de recherche et des entreprises situés dans 25 pays européens, dont le Royaume-Uni (66 bourses), l’Allemagne (58), les Pays-Bas (40), l’Espagne (26) et la France (25).

La présidente de l’ERC, Maria Leptin, s’est dite impressionnée par la créativité et l’audace des projets soumis : « Voir tout ce talent, porteur d’idées novatrices, installé en Europe, est véritablement inspirant. Cette recherche audacieuse pourrait bien conduire à de nouvelles industries, améliorer la vie quotidienne et renforcer la position mondiale de l’Europe. Il s’agissait de l’un des appels ERC les plus compétitifs jamais organisés, avec une demande record et de nombreux excellents projets non financés. C’est un rappel supplémentaire de l’urgence d’un investissement accru de l’Union européenne dans la recherche exploratoire. »

ECHOES - Exploiting Coherence in High-contrast Observations of ExoplanetS

Principe de l’imagerie différentielle cohérente, l’une des techniques développées dans le projet ECHOES.
À gauche : image brute de l’instrument, les taches parasites dues aux aberrations optiques empêchent la détection claire de la planète de β Pictoris b. Au centre : nous reconstruisons une « référence » de la lumière cohérente (la lumière parasite). À droite : différence entre l’image et la référence ; les taches sont supprimées, ce qui augmente considérablement le rapport signal/bruit de la planète β Pictoris b.
Crédit : Potier Axel

Parmi les lauréats, Johan Mazoyer, chercheur CNRS au LIRA, a obtenu une bourse pour son projet "ECHOES - Exploiting Coherence in High-contrast Observations of ExoplanetS". Il est spécialiste d’optique pour l’astronomie et des images haut-contraste d’exoplanètes, pour comprendre l’évolution des exoplanètes et des systèmes planétaires.

La méthode du transit domine actuellement la découverte d’exoplanètes, mais elle est limitée aux planètes de courte période et en transit, n’offrant qu’une compréhension partielle des planètes situées dans la zone habitable (HZ). L’imagerie directe, en particulier l’imagerie coronographique, représente l’approche la plus prometteuse pour caractériser les exoplanètes de la zone habitable et leurs atmosphères.
Les futures missions, comme le Habitable Worlds Observatory (HWO) de la NASA et les instruments de l’ELT, tels que le Planetary Camera Spectrograph (PCS), visent à relever ce défi en ciblant respectivement les planètes de la zone habitable autour d’étoiles semblables au Soleil et d’étoiles naines M. Cependant, l’imagerie coronographique se heurte à des obstacles majeurs liés aux rapports de flux extrêmement élevés entre étoile et planète. Pour limiter les risques auxquels sont confrontés PCS et HWO, l’ESO et la NASA ont lancé deux démonstrateurs technologiques, VLT/SPHERE+ (2027) et la mission Roman (2026). Ils valideront des méthodes innovantes de correction active de front d’onde, essentielles pour améliorer les performances des coronographes.

À ce jour, les instruments coronographiques actuels n’ont révélé qu’une poignée de jeunes planètes géantes (YGPs). Cependant, les relevés par vitesse radiale suggèrent que la plupart des YGPs orbitent plus près (5 à 10 ua), précisément à la limite des capacités de nos instruments. La prochaine publication des données Gaia (2026) fournira des centaines de cibles potentielles.

La position stratégique de SPHERE+, un démonstrateur technologique aux performances de pointe, offre une opportunité unique pour atteindre un double objectif :

  1. Astrophysique : imager des YGPs déjà détectées indirectement, grâce à la nouvelle technique du « dark hole ».
  2. Instrumental : développer des méthodes plus rapides de correction active du front d’onde et de traitement d’image.

Les méthodes développées dans le cadre de cet ERC sont inédites et ont été spécifiquement choisies pour leur pertinence pour les instruments au sol et dans l’espace. Elles seront testées sur SPHERE+, serviront de base à la conception de l’ELT/PCS et pourraient être utilisées sur Roman, avec l’objectif à long terme d’un usage direct pour HWO. Enfin, un livrable clé consiste à fournir une plateforme expérimentale pour la démonstration technologique PCS & HWO, ouverte aux chercheurs européens pour favoriser la collaboration.

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Contact : Johan Mazoyer